Les rentiers de l’hôtelerie

Comme la majorité des gens, quand je réserve un hôtel, j’utilise Booking.com pour chercher les disponibilités, et comparer les prix, les emplacements et les avis des clients. Et les hôteliers sont aussi ravis d’obtenir une visibilité mondiale, et qu’on leur facilite la gestion des réservations.

Mais le vent tourne. Sous la pression du lobby hôtelier, le parlement suisse entre en guerre contre Booking.com.

Deux acteurs ont le monopole de la réservation d’hôtel

Tout d’abord, notons qu’il n’y a que deux groupes d’agences de réservation:

  • Priceline (et ses marques: Booking.com, Kayak). CA: 10 milliards
  • Expedia (et ses marques: Hotels.com, TripAdvisor, Hotwire, Venere, ebookers, Trivago). CA: 8,8 millards
  • Les autres (HRS, par exemple) sont de beaucoup plus petits acteurs.

Ces mastodontes ont progressé à une vitesse fulgurante. Priceline ne faisait un CA « que » 1,7 milliards en 2013; et Expedia a une croissance encore plus rapide, avec de nombreuses acquisitions. En grossissant, ils mutualisent leurs coûts et améliorent ainsi leurs marges.

Une commission confortable

D’ailleurs, quelle est cette marge? Ces sites prennent une commission, et celle-ci n’est pas négligeable: environ 15%. Sur les 10 milliards de CA, Priceline fait 2,1 milliards de bénéfices. Booking.com seul aurait une marge de 37%. Beaucoup trouvent donc ces commissions excessives.

Libérer les prix

En Suisse, les hôteliers n’ont pas le droit d’offrir un prix inférieur sur leur propre site. La raison est invoquée est qu’il faut combattre les «passagers clandestins», c’est-à-dire les clients qui s’informent sur ces sites mais réservent ensuite leur chambre directement auprès de l’établissement sélectionné. Je trouve cet argument assez faible; on a vu que des plateformes (je pense à iTunes ou le Google Play Store) pouvaient attirer des clients malgré une commission parce qu’elles offrent une vraie plus-value en termes de comparaison, facilité d’utilisation, sécurité.

Maintenant, les hôteliers suisses font donc pression sur le parlement pour avoir le droit d’avoir des prix différents sur leur propres sites, comme en France depuis 2 ans. En offrant des prix plus bas aux consommateurs, ils espèrent ainsi se passer de ces coûteux intermédiaires. Cela réjouit aussi les consommateurs, qui paieront moins cher leur nuités. Et peut-être que cela entraînera une baisse des commissions?

Je ne plains pas vraiment les hôteliers. C’était à eux de se regrouper il y a 20 ans pour proposer ce type de plateforme. Mais aujourd’hui, ce sont bien les consommateurs qui en payent le prix.